Entrevue avec Claudie Bouchard - Gemmologue et évaluateur

Pour Claudie Bouchard, gemmologue et évaluateur de formation, le langage complexe du diamant n’a plus de secret. Nous avons rencontré la diamantaire de Montréal pour discuter des particularités de cette pierre précieuse tant convoitée.

En quoi consiste votre travail ?

J’émets des rapports d’expertise sur des bijoux de toutes sortes, des diamants, des montres… Un rapport d’expertise peut être complété sous forme de certificat d’évaluation. C’est ce qui est le plus couramment demandé, ainsi que des rapports d’identification ou de qualité.

Ce que j’aime de mon travail, c’est qu’il me permet de rencontrer beaucoup de gens à différents niveaux, majoritairement des bijoutiers. Cependant, beaucoup de particuliers préfèrent venir me rencontrer au lieu de passer par un bijoutier pour faire évaluer leurs bijoux; j’offre donc mes services au public aussi. Des compagnies d’assurances me demandent des expertises sur des valeurs de remplacements et divers paliers gouvernementaux, des notaires, ont recours à mes services.

Que signifient les 4 C ?

C’est un système de classification créé par le GIA (Gemological Institute of America) il y a une cinquantaine d’années et utilisé universellement. Il s’agit de quatre critères sur lesquels on se base pour déterminer la qualité et la valeur d’un diamant.

En anglais :

Clarity: en référence à la pureté. On regarde les inclusions; ce qui se trouve (ou pas) à l’intérieur

du diamant.

Catégories : VVS – très très peu inclus, VS- très peu inclus, SI- légèrement inclus et I- inclus,

dans les trois premières catégories les inclusions ne sont visibles qu’à la loupe. Dans le cas d’un diamant classé I, on aperçoit les inclusions à l’œil nu.

Color : en référence à la couleur, commençant par la lettre D, se terminant à la lettre Z. La majorité des diamants utilisés en joaillerie se situent entre les lettres D et M. De D à F : incolore, de G à J presque incolores, de I à M faible teinte de jaune.

Cut : en référence à la taille et, surtout, à l’interaction (d’excellente à faible) de la lumière avec les facettes du diamant. C’est à mon avis le plus sous-estimé des critères! C’est la taille qui donne de la vie à la pierre.

Carat weight: c’est le poids du diamant en carat. Cinq carats équivalent à un gramme. Souvent, on fait référence au poids du diamant en termes de points; 1.00 carat est égal à 100 points, donc, un diamant de 25 points est l’équivalent de 0.25 carat.

Photo: GIA

Qu’est-ce qui caractérise un diamant recyclé ?

Un diamant recyclé est un diamant tout à fait régulier auquel on donne une deuxième vie. En premier lieu, il a été prélevé dans une mine, taillé et poli, classé selon les 4C, puis mis en marché. En deuxième lieu, on le recycle ; il est desserti de son or, puis reclassé selon les mêmes critères et remis en marché. C’est un choix plus eco friendly de plus en plus demandé par les gens soucieux de l’environnement : on élimine le processus de prélèvement du diamant à la mine et la mauvaise réputation que ce processus peut avoir, autant sur le plan environnemental que sur le plan humain.

Est-il possible de retracer l’origine d’un diamant ?

Le seul diamant dont il est possible de reconnaître l’origine est le diamant canadien. Non pas parce qu’il est plus exceptionnel ou différent des diamants originaires d’Afrique ou de Russie, par exemple, mais bien parce qu’un document le suit souvent durant tout le processus de sa fabrication, de la mine au consommateur. On accorde un numéro de série au diamant, ce numéro est gravé à son rondiste et une petite feuille d’érable est souvent gravée au laser. C’est ce qui me permet de connaître l’origine du diamant; je peux déceler un symbole ou un numéro de série sur celui-ci à l’aide d’un microscope. Sans ces gravures ou papiers, il n’est malheureusement pas possible d’identifier l’origine d’un diamant.

Un diamant qui a été classifié par un laboratoire GIA a un document certifiant la classification et, la plupart du temps, un numéro gravé au rondiste selon le même principe que le diamant canadien cité plus haut. Qu’il soit recyclé ne fait aucune distinction avec un diamant ‘’nouveau’’, c’est seulement que durant le processus de sa première vie ou de sa deuxième vie, il est passé dans un laboratoire GIA pour classification.

Quelle taille de diamant est la plus durable ?

Au point de vue solidité et durabilité, il n’y pas vraiment de différence entre les tailles. Cependant, il est possible que les tailles avec des coins carrés comme la princesse ou la baguette soient plus susceptibles de s’effriter aux extrémités avec le temps.

Comment s’assurer que son diamant conserve son éclat d’origine ?

Le diamant attire à lui les corps gras. Au fil du temps, ou si on applique très souvent de la crème pour les mains, une fine couche recouvre le diamant et diminue son interaction avec la lumière. Si vous trouvez que votre diamant est plus terne et moins brillant qu’avant, un simple trempage à l’eau chaude savonneuse suivi d’un brossage léger lui redonneront vie!

Quelles tailles de diamants sont tendances présentement ?

Depuis toujours, le rond brillant est le plus demandé. On assiste présentement au retour des tailles marquises et des poires, qui avaient été reléguées aux oubliettes depuis une vingtaine d’années!